Des chasseuses de cœur à l’affut à Bordeaux

Vous êtes célibataire ? Peut-être aimez vous sortir au bistrot Gabriel ou au Siman Bordeaux ? Vous jouez au golf ? Alors il y a des chances que vous soyez abordé-e par Valentina Andreani. Cette jeune femme avenante est à l’affut de cœurs à prendre. Mais attention, point de méprise, prévient-elle :

« Lorsqu’on voit qu’une personne n’est pas accompagnée, on va gentiment la voir, mais nous ne sommes pas là pour draguer, même si elle peut avoir cette impression : on chasse pour nos clients. »

Comme les chasseurs de têtes sollicités par les grandes boîtes, des hommes et des femmes seul-e-s font appel à Elite Connexion pour trouver l’âme sœur. Cette agence matrimoniale « haut de gamme », a été créée il y a 6 ans à Paris par Guerda de Haan, qui a ouvert l’an dernier un bureau à Bordeaux avec sa fille Valentina. L’ancienne mannequin et chanteuse néerlandaise s’est découvert une vocation d’entremetteuse après un divorce :

« Comme tout le monde, j’ai dû recommencer beaucoup de choses, notamment me créer un nouveau cercle d’amis. Et puis je me suis mise à le faire pour les autres, en mettant les gens ensemble dans les soirées branchées parisiennes. »

A l’intuition et au culot

Surfant sur un marché des rencontres (et de la solitude) en plein essor, l’agence matrimoniale s’est développée, ajoutant une corde à son arc : débusquer dans la vraie vie les bons partis.

« Lorsque des gens viennent nous voir, on étudie avec eux le profil qu’ils recherchent, les qualités et les défauts, les passions, le milieu socio-professionnel…, explique-t-elle. Puis nos chasseurs de cœur entrent en scène si je n’ai personne correspondant à ces besoins. Nous allons par exemple chercher du côté du bar du golf si un homme cherche une golfeuse, au Mama Shelter ou au bar du Grand Théâtre s’il s’agit de trouver une personne jeune et haut de gamme. »

Bref, la cible doit être d’un « bon niveau socioculturel, avoir de l’élégance et du savoir-vivre, être ouverte d’esprit, et bien sûr être célibataire, veuve et séparée ». S’il n’est pas toujours simple de pénétrer les réseaux bordelais, selon Valentina, l’accueil qui lui est réservé par les gens est généralement « très bon » :

« Dans ce metier, il faut un minimum d’intuition, être très psychologue pour voir à travers les gens, avoir de l’empathie, le sens du contact, et un peu de culot. Lorsqu’on explique notre démarche, on voit comment ils réagissent, et on n’insiste pas s’ils ne sont pas intéressés. D’autre part on ne prend jamais les coordonnées des personnes : on leur laisse notre numéro, c’est à elles de faire le premier pas. »

La sexualité auscultée

Et certains rappellent. Valentina assure qu’à Bordeaux, les 100 à 150 contacts noués par la chasseuse de cœurs ont donné lieu à 30 à 40 contrats.  La clientèle d’Elite-connexion est surtout formée, selon Guerda de Haan, de chefs d’entreprises, de médecins, d’avocats ou de politiques. Bref, plutôt des CSP+ qui ont les moyens de se payer les prestations de Guerda – de 2300 euros à 4300 euros pour des contrats de 6 mois à 1 an, tout de même.

« Ce sont des personnes qui n’ont pas le temps, qui ont souvent connu des échecs ou des déceptions sentimentales, ou qui en ont ras-le-bol d’être voulues pour leur argent, indique la fondatrice d’Elite-Connexion. Elles ne savent plus trop comment faire, et sont très déçues par les sites web de rencontres, où les photos, les dates de naissance et les noms sont souvent bidons. Nous, nous vérifions toutes ces informations. »

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Guerda de Haan et Valentina Andreani (SB/Rue89 Bordeaux)

Dans les packages proposés, les clients ont un premier entretien très poussé pour connaître leurs désirs, y compris en matière de sexe.

« C’est très important d’aborder ce sujet, affirme Guerda de Haan, de savoir si la personne est active ou passive, dans la sensualité ou la force. Cela permet de vraiment bien comprendre une personne. »

Puis elles peuvent bénéficier de coaching séduction, de conseil en image, etc. Et finissent par être mises en relation avec d’autres personnes, en tête à tête ou lors de soirées organisées dans leurs locaux très cosy, à Talence.

« Très bizarre d’avoir des chaperons »

Un parcours qu’a suivi Thomas (le prénom a été changé), un Bordelais de 45 ans travaillant dans l’industrie du vin :

« C’est un milieu où c’est très compliqué de rencontrer du monde, et dans lequel on croise des femmes qui en veulent surtout à votre argent. Et puis mon métier me prend énormément, je n’avais pas le temps de faire des rencontres, et Bordeaux est une ville très petite où les gens intéressants sont rares. »

Du moins, précise-t-il, avec le standing très sélectif qu’il recherchait :

« Il fallait quelqu’un tout aussi occupée que moi, une femme très active aimant voyager, et faire du sport. Je ne voulais pas nécessairement une personne ayant fait des études, mais je n’avais pas envie quelqu’un de creux avec laquelle je me serais ennuyé. Et si je n’avais pas forcément de critères physiques, c’est toujours plus intéressant de sortir avec quelqu’un d’élégant. Enfin, je cherchais quelqu’un de plus jeune, n’ayant pas d’enfant mais souhaitant en faire. »

Ce mouton à cinq pattes, Thomas désespérait de le trouver. Il ne supportait plus ni les dîners organisés par ses amis pour lui faire rencontrer des femmes – « c’est très bizarre d’avoir des chaperons autour de soi » – ni les sites de rencontres « où on trouve de tout et de rien, qui exigent de faire un gros tri sélectif, de prendre des rendez-vous, alors qu [‘il ne voulait] pas perdre de temps ».

Puis lors d’un gala, un ami lui « a présenté quelqu’un qui allait [lui] présenter quelqu’un »…

« Valentina m’a expliqué son travail simplement et facilement, elle m’a donné sa carte. Au bout d’un moment, quand on est seul et qu’on ne sait plus trop quoi faire, je me suis dit “pourquoi pas ?”, et j’ai téléphoné. »

Franchises

Après lui avoir présenté trois profils de femmes inscrites dans ses fichiers, bingo : un mois après son inscription il rencontre la femme de 35 ans, travaillant en tant que commerciale pour un château du Médoc (le monde est petit, finalement) :

« Elle avait failli se marier et était restée longtemps célibataire, raconte Thomas. Chacun avait ainsi une vie vierge, sans mariage et sans enfant, ce qui à nos âges est assez rare, et cela a accroché comme ça. »

Et le prix à payer ?

« Ce n’était pas un problème, seul le résultat m’importait. C’est sûr il y a une grosse différence par rapport à des sites gratuits, mais c’est un choix important dans la vie quand on a peu l’occasion de faire des rencontres. Je vais construire une famille, avoir un bébé, le prix va vite s’oublier. »

Il doit forcément bien y avoir des déçu-e-es des services des chasseuses de cœur bordelaise, mais nous n’avons pas pu en rencontrer. Guerda de Haan répond que certaines personnes ne trouvent pas l’âme sœur – l’agence revendique un taux de réussite de 75% – mais elle dit recontacter parfois des gens dont le contrat a expiré pour leur soumettre des noms.

A l’heure des rencontres virtuelles, le métier de chasseur de cœur est une affaire qui tourne : Elite-Connexion est en train d’ouvrir sous franchises des agences dans d’autres grandes villes de France.